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Nasser SANDJAK au journal COMPETITION (ALGERIE) << Beni Ouartilane, Tizi, Belcourt, mon Algérie à moi >>

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L’ancien sélectionneur de l’équipe nationale, vainqueur de la Coupe de la CAF 2000 avec la JS Kabylie, aujourd’hui entraîneur de son club de toujours, l’Olympique de Noisy- le-Sec, Nasser Sandjak, a accepté de se plier au jeu de l’interview décalée. C’est un Nasser Sandjak détendu et prêt à jouer le jeu de cette interview pas comme les autres, et dans la bonne humeur, s’il vous plaît, qui nous a reçus dans son bureau, malgré l’heure tardive.

- Bonsoir Nasser. Exceptionnellement pour cette interview décalée, on peut se tutoyer ? - Bien sûr, pas de problème, de toute façon, même dans les interviews «normales» on s’est toujours tutoyés, le vouvoiement, c’est juste lors de la retranscription. Pour une fois tes lecteurs auront la version brute de décoffrage.

- Que fais-tu dans ton bureau à 23h ? - Je travaille mon ami. Le métier d’entraîneur n’est pas un métier de fonctionnaire. Je n’ai pas les horaires de la poste moi, je ne compte pas mes heures pour essayer de faire progresser mon équipe et avoir des résultats. Je ne dois laisser aucun détail au hasard, ici à Noisy, je m’occupe de tout et malheureusement je ne peux pas déléguer beaucoup car mon budget ne me le permet pas.

- Ighil est parti pour 24h. Durant ce laps de temps, as-tu été contacté de manière officielle ou officieuse par la JSK ? - Aucun contact mon ami, ni officiel ni officieux, j’ai suivi ça comme tout le monde, à travers les médias.

- Si je te dis Noisy-le-Sec ou la JSK ? Sans joker. - (Rires). Si toutes les questions sont comme ça, ça s’annonce coton. Les deux bien sûr, les deux. Je ne peux pas choisir. Noisy, c’est mon bébé, le club où mes frères et moi avons grandi et appris le football, et la JSK c’est mon club de cœur. Un club de cœur que j’ai eu la chance d’entraîner et avec qui j’ai gagné un titre continental. Impossible de choisir, les deux sont liés.

- Et si je te dis Beni Ouartilane ou Tizi Ouzou tu me réponds quoi ? - Je te réponds Belcourt ou Belouizdad comme on dit depuis l’Indépendance. C’est vrai que j’ai un lien fort avec Beni Ouartilane, qui est ma région d’origine, et Tizi Ouzou qui, en plus d’être la plus grande ville de la Kabylie, est la ville de mon club, la JSK, avec qui j’ai gagné un titre et vécu une formidable aventure. Mon véritable quartier c’est Belcourt. C’est là que je passais toutes mes vacances et c’est là que j’ai mes plus beaux souvenirs.

- Joueurs pros ou joueurs locaux ? - Les deux sont indissociables, la seule chose qui change, c’est le pourcentage de pros ou de locaux dans la liste des 23 suivant l’objectif.

- Championnat d’Algérie ou championnat du Qatar ?- Le championnat d’Algérie joué dans les stades du Qatar.

- Barça ou Real ? - Barça, sans hésiter, je suis fan de ce club depuis toujours, c’est ça le football.

- Guardiola ou Mourinho ? - Mourinho est le meilleur. Même si je trouve que Guardiola est un très grand entraîneur, ses résultats plaident d’ailleurs pour lui, Mourinho ça boxe dans une autre catégorie, c’est le top. Mourinho c’est une référence mondiale, l’entraîneur de football moderne. Il maîtrise son art, son métier, sa communication et même son apparence physique.

- C’est quoi ton système de jeu préféré ? - Je n’en ai pas un en particulier. Moi c’est l’animation de l’équipe qui m’intéresse et les conditions du match et mon adversaire. Je m’adapte en fonction de ça.

- La dernière fois que tu as eu honte ? - Longue hésitation. Je crois que c’était le 4-0 face à l’Egypte, lors de la CAN 2010. J’étais sur un plateau de télévision, nous venions de battre la Côte d’Ivoire, et après le match j’en ai pris plein la tronche.

- Ton dernier coup de gueule ? - La non-participation de l’EN U23 aux jeux Olympiques de Londres. Je ne m’en remets toujours pas. On a raté une occasion en or de participer à la deuxième compétition de football mondiale. Cela nous aurait boostés pour la CAN 2013 et la Coupe du monde 2014.

- Le dernier film que tu as vu au cinéma ? - C’est Intouchable, un très bon film, où plutôt que de pleurer sur les handicapés, on préfère en rire. Ce film est une leçon de vie et il m’a fait penser au marasme dans lequel se trouve le football national, il vaut mieux en rire qu’en pleurer (rire).

- Ton meilleur souvenir en équipe nationale ? - Dur comme question, mais incontestablement c’est mon dernier match. Le match Algérie / Cap-Vert, 2-0, dans un stade d’Annaba plein à craquer. Je n’oublierai jamais l’émotion que j’ai ressentie en entrant sur le terrain.

- Et à la JSK ? - La finale retour face aux Egyptiens de l’Ismaïly, où tous les supporters d’Algérie sont venus faire l’union sacrée autour de la JSK et remplir le stade du 5-Juillet comme jamais il n’avait été rempli avant. Toutes les galeries des clubs algériens ont poussé pour qu’on gagne cette Coupe de la CAF. Enorme souvenir.

- Ton meilleur fou rire en E.N ? - Une conversation téléphonique rocambolesque entre Saïd Hamimi, Allah yarahmou, et un jeune joueur de l’époque dont je ne vous donnerai pas le nom. Ce joueur, vexé de ne pas voir son nom dans la liste, a appelé Saïd Hamimi pour le menacer de mort. Et voir Saïd lui dire : «Viens me tuer si tu es un homme !» C’était tellement surréaliste que ça m’a fait rire.

- Et à la JSK ? - A la JSK, je m’exprimais en français. Tout le groupe comprenait le français sauf un joueur, qui le dissimulait bien. Manque de chance pour lui, un jour je l’ai convoqué dans mon bureau pour lui faire un briefing personnalisé pour corriger son positionnement. J’ai parlé trente minutes et il hochait la tête en me disant oui avec un air très sûr et attentif. A la fin de l’entretien, je lui ai dit : «As-tu compris ?», il m’a répondu : «Non». Et là, j’ai appelé Raho Slimane pour qu’il traduise.

- Si je te dis Hannachi / Allik ça évoque quoi en toi ? - Les deux plus grands présidents de club que l’Algérie ait connus jusqu’à aujourd’hui.

- Pour toi, c’est quoi le plus grand match de l’équipe nationale ? - Sans aucune hésitation, Algérie-Brésil 86. On était au sommet de notre art.

- La plus grande équipe de tous les temps pour toi ? - Brésil 70, je n’ai jamais vu mieux jusqu’à aujourd’hui.

- Le plus grand footballeur de tous les temps pour toi ? - Il y en a deux et ils sont tous les deux Argentins : Diego Armando Maradona et Lionel Messi. Ils sont surhumains, ce sont des phénomènes. Ils ne sont pas de notre planète.

- Ton chanteur préféré ? - Monsieur Idir, toute son œuvre.

- Ton plat préféré? - Je vais être très original (rire) Le couscous et le piment de Yemma, Allah yarhamha.

- Dernière question, si Mohamed Raouraoua t’appelle demain matin pour parler équipe nationale, tu lui réponds quoi ?

- Je lui réponds, oui, car je serais toujours là pour aider mon pays, mais pour travailler de concert et rejoindre le staff existant. Aujourd’hui, les équipes nationales qui réussissent ont un staff étoffé, Vahid Halilhodzic est un très bon entraîneur, avec une grande expérience et travailler auprès de lui et son staff serait enrichissant pour moi, qui pourrais aussi amener ma petite expérience et ma petite pierre à l’édifice. - Nasser Sandjak, merci d’avoir joué le jeu. - Non merci à toi, car ça ma permis de me rappeler pleins de souvenirs sympa.

M. B. (COMPETITION)